Nos aventures en direction de Naples – Journal de bord #3

Nos aventures en direction de Naples – Journal de bord #3

Avant de rejoindre la baie de Naples, nous avons vécu notre premier souci technique juste après notre étape à Rome, mais nous avons aussi découvert un archipel unique et peu connu pour notre première nuit au mouillage. Ces quelques étapes furent aussi belles que mouvementées, avec quelques mésaventures mémorables !


anzio

30nm (47nm parcourus) – 10h30 – 4,5 nœuds 

Après des journées aux conditions de navigation proches de la perfection jusqu’à Rome, cette étape nous a vite fait déchanter. Pourtant, seulement 30 milles (en ligne droite) nous séparaient d’Anzio, mais nous avons dû virer de bord une quinzaine de fois pour nous rapprocher, au près, de notre port d’arrivée.

⛵️ Navigation « au près » : c’est lorsque le vent vient de face. Afin d’avancer contre le vent, le voilier doit zigzaguer au lieu de tracer une ligne droite vers son cap. La distance parcourue est donc bien plus importante que si on traçait une ligne droite.

Nous avons démarré le moteur en fin de journée pour ne pas arriver après la fermeture du bureau du port. Ce fut le début d’un problème qui allait nous obliger à rester plus longtemps que prévu à Anzio…

#JournalDuFail : Une forte odeur s’est élevée très rapidement une fois l’hélice en marche. Après vérification, nous avions une fuite sur un tuyau reliant la pompe à injection… Le vent soufflait encore très fort, soit la pire situation pour rejoindre un quai sans moteur à la tombée du jour. Heureusement, une réparation improvisée de Xavier nous permit d’effectuer les derniers mètres, non sans difficulté, le moteur ayant perdu en puissance. Pour couronner le tout, nous avons amarré le bateau sous un crachin digne de la Bretagne…

Le lendemain, le soleil brillait fort pour accueillir le mécanicien du coin. La pièce défectueuse fut changée rapidement, nous en avons même profité pour faire la vidange du moteur.

Cette journée de réparation -et d’immobilisation forcée- fut l’occasion de faire la lessive, de passer chez le coiffeur pour Roxane, et de se détendre en terrasse. Côté visite, nous sommes allés jusqu’aux ruines antiques de la maison de Néron. Elles ont maintenant les « pied » dans l’eau. Étranges vestiges d’un passé presque balayé par les éléments…

PONZA

42,5nm – 9 heures 30 – 4,5 nœuds

Une journée pleine de rebondissements nous attendait…

Nous avons d’abord cru pouvoir partir sans problème, mais c’était sans compter sur le moteur qui s’est mis à produire de la fumée et de la suie à peine les amarres larguées. Autant vous dire que l’ambiance n’était pas folichonne à bord d’Isaniyo ! Roxane eût l’idée de plonger une GoPro sous le bateau pour voir ce qu’il en était, et là, révélation : un gros amas de cordage et de filets était pris dans l’hélice, ce qui faisait forcer le moteur.

Avec tous les déchets qu’on avait croisés en mer, cela devait forcément arriver… Un petit tour sous le bateau pour dégager l’hélice et nous étions libérés, le bateau pouvait faire cap vers Ponza. Enfin ! 🎉

20 minutes après le second départ, ce fut un petit bateau de la police militaire qui nous fit face. Sans le savoir, nous nous dirigions droit vers une zone de tir. Nous avons donc obtempéré et fait un grand détour (pour la deuxième fois en moins d’une semaine) pour reprendre notre route. Quelques détonations peu rassurantes nous accompagnaient…

Nous avons également croisé une tortue marine 🐢 Elle était de taille adulte mais semblait blessée à la nageoire, certainement la triste conséquence de la pêche intensive pratiquée dans la région.

Le reste de la journée fut plus calme car faiblement venteux, nous sommes arrivés pour le coucher du soleil à Ponza. Nous avons eu la chance d’être seuls au monde au mouillage, face à une falaise aux formes étranges et parfois suggestives, avec les oiseaux marins pour seuls voisins. Et la lune, énorme, brillante, orangée, au reflet infini sur une mer presque d’huile. De quoi faire de beaux rêves 😌

Avant de quitter Ponza, nous avons changé de mouillage pour visiter la petite ville colorée. L’ambiance insulaire y était vraiment agréable. Néanmoins, nous nous avions conscience que le COVID avait vidé l’endroit. Les terrasses étaient souvent vides et les agences de promenade en bateau au chômage technique.

Port de Ponza

VENTOTENE

22nm – 5 heures – 4,4 nœuds

Après notre visite matinale de Ponza nous avons hissé les voiles direction Ventotene. Le vent arrière était idéal pour nous perfectionner dans notre spécialité, les voiles en ciseaux.

En chemin nous avons une fois de plus croisé le chemin d’une tortue à l’agonie prise dans un enchevêtrement de filets… Nous étions malheureusement impuissants face à sa situation, une manœuvre au large pouvant s’avérer risquée et le bateau n’étant pas fait pour s’approcher facilement… Un indice supplémentaire des dégâts de la pêche locale qui n’épargne aucune forme de vie et pollue allègrement la mer 😡

Après ce triste spectacle, nous sommes arrivés au coucher du soleil à l’avant-port de Ventotene. L’avant-port est une zone accessible aux voiliers pour y passer la nuit gratuitement, mais sans accès à l’eau ni à l’électricité. Cela permet de s’amarrer à la digue et d’être protégés du vent et de la houle à moindre frais.

Le lendemain, nous avons été ravis d’arpenter les rues du village et les abords de l’ancien port romain, creusé à même la roche il y a plus de 2000 ans. 

Un peu de géographie et d’histoire :
Ponza et Ventotene font partie d’un même archipel d’origine volcanique : les îles Pontines.
Ventotene et l’îlot qui lui fait face Santo Stefano sont aujourd’hui une réserve marine protégée. Leur passé est moins séduisant puisque du XIXe siècle à 1965 ces îles sont utilisées comme centre de détention.

ISCHIA

27nm – 6 heures 30 – 4,1 nœuds

Nous avons pris le temps de longer Santo Stefano, cette Alcatraz à l’italienne, avant de nous diriger vers Ischia. Les conditions furent plutôt calmes (voire trop) et nous dûmes alterner voile et moteur toute la journée. Pour voir le bon côté des choses : une mer aussi calme permit à l’équipage d’enchaîner les siestes.

L’arrivée à l’île d’Ischia fut problématique. Les marinas nous ont d’abord annoncé des tarifs disproportionnés. Puis, ce sont les autorisations de mouillage qui nous ont manquées (l’île étant une réserve marine protégée) malgré nos demandes téléphoniques répétées. Nous avons interrogé un voisin belge déjà bien installé à l’ancre, il était exactement dans le même flou artistique que nous. Nous avons donc décidé de suivre ses recommandations et de mouiller face à la marina en mettant les réveils à 5h30 pour éviter d’éventuels gardes côtes. On ne retint donc pas grand-chose d’Ischia, si ce n’est que son accès semblait très restreint (voire élitiste ?) mais que ses reliefs volcaniques recouverts de végétation nous donnaient envie de revenir visiter l’île.

Lever de soleil en mer

Torre del Greco

24nm – 8 heures – 3 nœuds

Le soleil se leva donc en même temps que nous, au moment de prendre la direction de la baie de Naples. 

Un petit contretemps ralentit malheureusement notre progression. Au moment de hisser la grand-voile nous avons viré de bord, ce qui a eu pour conséquence d’enrouler notre ligne de pêche autour de l’hélice du bateau (heureusement à l’arrêt). Une baignade matinale permit de nous démêler sans perdre de matériel.

Un mal pour un bien, puisque le temps perdu pour cette manœuvre nous a ensuite offert la chance d’observer pendant quelques minutes une vingtaine de dauphins tout autour du bateau. On ne savait plus où donner de la tête. Certains mammifères s’attardaient sur l’étrave, de quoi donner le sourire à tout l’équipage.


La navigation fut ensuite un peu particulière : côté pile, le Golfe de Naples nous offrait un paysage grandiose, les îles d’Ischia, de Procida et de Capri faisaient rêver, surveillées par le Vésuve, au sommeil encore lourd (heureusement). Côté face, les nombreux yachts de la baie nous ont fait pas mal de vagues et ralentissaient notre progression…

Nous sommes arrivés à Torre del Greco en début d’après-midi, malgré quelques incompréhensions avec les gestionnaires de la marina. Dès les premiers pas dans la ville, nous avons tout de suite reconnu la marque de fabrique de la région de Naples : les poubelles et déchets jonchaient chaque surface de ce qui aurait pu être beau. Comme si les habitants et visiteurs prenaient un malin plaisir à laisser des traces de leur passage : emballages alimentaires, cadavres de bouteilles et de gobelets, déchets jetés par les fenêtres des voitures sous notre nez… Quel gâchis.

POMPéi

Nous sommes restés plusieurs nuits à quai pour profiter d’une journée culturelle en visitant les ruines de Pompéi. Le ciel était orageux, de quoi renforcer l’ambiance de fin du monde. Notre stratégie était de prendre le premier et visiter le site à la première heure, pour éviter la chaleur et les touristes. Nous te conseillons de faire de même, afin de pouvoir visiter les lieux et t’imprégner de son histoire en toute tranquillité.

Astuce : pour éviter de faire la queue sur place pour acheter son billet, on peut planifier sa visite à l’avance sur le site officiel de Pompéi ou leur app, très bien faite, notamment pour la visite guidée autonome.

Un peu d’histoire : Une page tragique de l’histoire fut écrite ici : une ville entière, prospère, réduite à néant en quelques heures…

L’éruption fatale du Vésuve eut lieu en l’an 79. Elle avait été précédée d’un séisme plusieurs années plus tôt, qui avait endommagé de nombreux bâtiments et avait fait fuir les plus riches familles de la ville, bradant leurs biens pour aller s’installer ailleurs. Pompéi n’est pas la seule ville à avoir été rayée de la carte : Herculanum, Oplontis et Stabies subirent le même sort.

L’éruption a été racontée par Pline le Jeune, qui a assisté à la catastrophe depuis le rivage opposé de la baie de Naples. D’abord, des pierres ponces se déversèrent sur les villes, faisant s’écrouler les bâtiments et recouvrant le sol sur plusieurs mètres, avant que les nuées ardentes brûlent et asphyxient les derniers êtres vivants. Pompéi fut figée dans le temps.

Mais la dernière catastrophe, moins connue, s’est étalée sur plusieurs siècles… sous la forme de pillages. Notamment lors de la Renaissance, où l’archéologie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui et où de nombreux témoignages inestimables de l’époque romaine furent volés ou détruits.

L’état de conservation et de restauration est impressionnant 😯

🏛 On y voit les ruines des habitations et des temples, mais pas seulement ! On peut également observer les mosaïques et fresques des villas d’antan, les champs de vignes cultivés à l’identique, l’amphithéâtre pouvant accueillir 20 000 personnes… ce qui nous laisse imaginer la splendeur passée de l’époque romaine, sous l’œil du Vésuve ! (voir la dernière photo)

Cela ne nous a pas laissé indifférents, et pourtant il s’agissait d’un deuxième passage pour Roxane et moi.

Sur le chemin du retour, nous nous sommes trompés de train, nous offrant une belle balade le long du littoral et une traversée rapide d’Herculanum (cité antique également ensevelie par les cendres).

Au moment de quitter la baie napolitaine, le Vésuve veillait toujours au-dessus de ces anciennes victimes. Il ne nous semblait pas menaçant, et pourtant, un jour il se réveillera (peut-être).

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